Jeudi 22 juillet

JOSEFOV, la ville juive

Pourquoi venir à Prague ? Parce que c'est la plus belle d'Europe, "un musée à ciel ouvert", patrimoine de l'UNESCO, "la ville magique de la vieille Europe" selon André Breton, etc. Mais aussi parce que nous ne connaissons pas l'Europe centrale, parce que la République tchèque est un pays slave avec tout ce que ce mot évoque de romantisme, de mélancolie, de gaité désespérée... C'est la musique tzigane aussi. C'est enfin une région qui a été plus que toutes secouée par l'Histoire, et notamment l'Histoire récente : la deuxième Guerre Mondiale, l'enfermement derrière le rideau de fer, le Printemps de Prague... C'est tout cela qui nous intéressait. Donc, c'est surtout un voyage culturel que nous avons fait. Nous avons  appris beaucoup de choses même si mon regret est de n'avoir pas fait de vraies rencontres avec des Pragois, pour avoir une approche un peu moins superficielle, moins froide. Mais en une semaine, c'est un peu difficile !

 

Ce jeudi a été consacré à la visite de l'ancien ghetto juif : Josefov

 

 

Notre ticket d'entrée, permettant de visiter le vieux cimetière, la salle de cérémonie et 4 synagogues.

Ces 6 lieux sont groupés dans les quelques rues qui subsistent de l'ancien ghetto.

Le ticket d'entrée coûte 300kc par adulte et donne le droit d'entrer dans 6 lieux (il existe un autre ticket qui permet de visiter la Synagogue Vieille-Nouvelle en plus). On se promène dans le quartier et on présente ce ticket quand on veut visiter un de ces lieux, il n'est pas limité dans le temps. Nous avons pris des écouteurs pour un commentaire audio, mais je le déconseille, le commentaire est bavard, peu intéressant ou simplement redondant si l'on comprend l'anglais, répétant les étiquettes explicatives se trouvant dans les musées. Nous sommes allés les rendre assez vite (en plus c'était lourd !)

 

Nous avons commencé par la synagogue Pinkas, dans une maison du XVIe siècle, qui nous saisit dès l'entrée. En effet, elle a été transformée en mémorial aux victimes juives du nazisme, les murs sont couverts de noms (suivis de leurs dates de naissance et de disparition et classés par famille) du plafond au sol, il y en a près de 80 000. Au premier étage, se trouve une exposition de dessins d'enfants du camp de Terezin (ou Theresienstadt, camp de transit avant déportation vers camps de "destruction", "camp modèle" que la propagande allemande a utilisé comme façade à montrer au monde extérieur via les mises en scène organisées pour les visites de la Croix Rouge), réalisés de 1942 à 1944. Ils montrent que les adultes essayaient de faire en sorte que la vie continue (presque) normalement pour les enfants en organisant en secret une école, des cours de  couture, de théâtre, de dessin...Plus de 10 000 enfants âgés de moins de 15 ans se sont trouvés internés là et après leur déportation à l'Est, seuls 242 sont revenus. Ces dessins sont souvent le seul souvenir de ce qu'ils ont été.

Voir l'article suivant tiré de L'Encyclopédie Multimédia de la Shoah : http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=175

Voir aussi ce lien : une conférencière sur ce camp : http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/1/8/module_2804.php

 

Ensuite nous avons débouché sur le vieux cimetière juif, fondé dans la première moitié du XVe siècle. c'est le plus grand cimetière juif d'Europe : il comprend plus de 12 000 tombes sur un si petit espace qu'elles se chevauchent les unes les autres, un peu en vrac, les herbes folles l'ont envahi, il y a des arbres pour abriter les pierres et sur certaines d'entre elles on trouve des petits cailloux, qui remplacent les fleurs dans la tradition, et des bouts de papier pliés qui sont des prières, des voeux sur les tombes des rabbins.

Normalement on doit se laver les mains en sortant d'un cimetière juif.

Le vieux cimetière juif de Prague

 

Ensuite nous avons visité l'ancienne salle des cérémonies qui explique notamment les coutumes liées à la maladie, la mort et la médecine, à travers les objets rituels et une série de tableaux d'un peintre anonyme du XVIIIe siècle. Pas très gai tout ça, mais instructif !  Les rituels liés au deuil sont très importants dans la religion juive et très précis, très hiérarchisés. Ainsi on apprend entre autre que le visage du mort doit être recouvert d'un drap pour que l'on ne garde de lui que le souvenir de sa personne vivante; le corps du défunt doit être purifié  (tahara), c'est-à-dire débarrassé de toute poussière et autres fluides corporels,  puis plongé dans un bain rituel ; par exemple, les ongles de pied sont coupés avec une paire de ciseaux spéciaux, ses cheveux coiffés avec un peigne spécial, etc. C'est un honneur que l'on rend au mort, on ne se contente pas de le laver, il s'agit de l'accompagner le mieux possible à la libération de son âme, on lui demande même pardon avant le début de la cérémonie pour les erreurs que l'on pourrait faire pendant celle-ci. Puis il est vêtu d'une étoffe blanche simple (devant la mort nous sommes tous égaux) et parfois enveloppé de son châle de prière à condition d'en avoir découpé un morceau pour le rendre inutilisable. La période de deuil après l'enterrement dure au moins 7 jours pour les proches durant lesquels les endeuillés n'ont pas le droit de travailler, de se laver, de porter des chaussures de cuir, de s'assoir sur des chaises hautes etc. (il y a 9 interdits). On récite le kaddish des endeuillés. C'est terriblement complexe, impossible de tout retenir à moins de noter...

 

Après cela nous avons fait une pause au café Kafka qui se trouve dans la rue Siroka. Nous aurions tout aussi bien pu faire un "parcours Kafka" (mais G n'est pas très "branché" Kafka !) ou un "parcours des cafés historiques" vu notre plaisir à visiter les cafés qui ont une histoire ! Cela a été fait , comme le proposent ces sites que je viens de découvrir, un sur le Prague de Kafka http://www.forumdesforums.com/modules/news/article.php?storyid=3786, l'autre sur les cafés à Prague http://voyages.ideoz.fr/cafes-de-prague/

 

Franz Kafka Kavarna

Intérieur du café Kafka, sur les murs des photos du quartier juif au début du XXe siècle

Nous voilà repartis dans notre découverte de la culture juive. Je crois que je n'étais jamais entrée dans une synagogue avant. C'est l'endroit où jamais car ce parcours nous fait revivre un condensé de l'histoire des persécutions contre les juifs depuis le moyen-âge à travers toute l'Europe. C'est pourquoi il nous a bien fallu la journée (à notre rythme) pour tout visiter, et encore, nous ne sommes pas allés à la synagogue Maïsel, ni la synagogue Vieille-Nouvelle (la plus ancienne d'Europe encore en activité, elle a pris ce nom quand d'autres synagogues se sont construites autour)

 

La synagogue Klaus, synagogue baroque (XVIIe) expose les coutumes et traditions juives, coutumes liées à la vie quotidienne : naissance, circoncision, bar-mitsva, mariage, et même divorce. En effet la religion juive accepte "la mort d'une vie conjugale" et prévoit donc un divorce religieux.

 

Enfin, la synagogue Espagnole, de style néo-mauresque, magnifique, même si ce que l'on peut admirer n'est pas si vieux (XIXe siècle) l'ancienne ayant été détruite. A l'intérieur, des arabesques, des motifs orientaux sur bois, sur les murs, les balustrades, les galeries, des stucs dorés...

Source : http://www.vazyvite.com/html/europe/2004/prague_strahof.htm

L'exposition  est très intéressante, elle raconte l'histoire des communautés juives tchèques et moraves depuis le XVIIIe siècle, ou les périodes d'assimilation alternent avec les périodes d'antisémitisme. Artistes, romanciers, philosophes, scientifiques, témoignent de la richesse de la culture juive durant ces époques. Il y a une section sur les restrictions sous l'occupation allemande, une sur les résistants juifs pendant la guerre, une sur le développement du sionisme dans les années 20, etc.

 

Le quartier juif à Prague a connu jusqu'à 400 000 habitants. Il a connu de nombreux pogroms depuis sa création au Moyen-âge et des périodes de prospérité; Il est intégré au reste de la ville en 1861 et devient son cinquième quartier. Il est peu après détruit en partie pour être rénové et assaini selon le modèle  du baron Hausman. En 1942, les Nazis, avec Heydrich, le gouverneur du Reich en Bohème, ont voulu en faire "un musée exotique d'une race éteinte". Voir à ce sujet, et surtout à propos du Golem et de la fascination qu'il exerçait sur les Nazis, l'article de Marek HALTER : http://www.parismatch.com/Culture-Match/Livres/Actu/A-la-recherche-de-la-kabbale.-Par-Marek-Halter-181532/

 

Fin de la visite. Suite au prochain numéro !

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