http://www.devildead.com/tv/golem67003.jpgOn ne peut parler de Prague sans mentionner un de ses personnages les plus célèbres : le Golem, dont la légende est présente à Prague sur les présentoirs de toutes les librairies, dans toutes les langues (à part quelques romans de Kafka et de Kundera, c'est tout ce qu'on pouvait trouver en français !), qui inspirera entre autres le cinéma expressionniste allemand des années 20 (il existe une dizaine de films sur ce thème depuis 1915 jusqu'à aujourd'hui) et a été utilisé dans de  nombreuses oeuvres fantastiques où il ne subsiste souvent que l'idée d'une créature humanoïde créée grâce  à  un magicien ou un savant fou et qui échappe à son créateur. Le Frankeinstein de Mary Shelley par exemple en est un des  avatars.
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(Source : article Wikipedia)

 

Or, lorsque j'ai parlé du ghetto Juif de Prague, je n'ai fait aucune allusion à ce personnage,  mais le voilà qu'il se rappelle à moi comme on va le voir !

 

Je suis en train de lire un "pavé" : Les Disparus de Daniel MENDELSOHN (éditions France-Loisirs).  (Encore une lecture "gaie" !) Dans ce livre l'auteur, un Juif américain essaye de redonner une existence, une véritable identité à des membres de sa famille qui ont disparu pendant la deuxième guerre mondiale. Il s'agit du frère de son grand-père et de sa famille (sa femme et ses quatre filles) qui vivaient à l'époque en Pologne dans un petit village du nom de Bolechow. Il voudrait qu'ils soient autre chose que des victimes abstraites, 6 noms parmi les six millions de juifs qui ont "disparu" pendant la guerre : "C'était pour sauver mes parents des généralités, des symboles, des abréviations, pour leur rendre leur particularité et leur caractère distinctif que je m'étais lancé dans ce voyage étrange et ardu" (p. 146) (c'est pourquoi il n'a pas aimé la visite d'Auschwitz qui malgré son caractère nécessaire contre l'oubli et les négationnistes, est pour lui "le symbole géant, la généralisation grossière, la formule consacrée de ce qui est arrivé aux Juifs d'Europe" (p. 146))

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Il ne sait rien d'eux sinon qu'ils ont été "tués par les Nazis". Il ne possède que quelques photos, ne sait même pas le prénom exact des filles et sent qu'il y a un mystère qui plane sur ces morts à cause des non-dits et des silences qui s'installent autour de lui chaque fois qu'il questionne sa mère ou son grand-père. C'est une quète de longue haleine, débutée dès ses 16 ans, il y a 25 ans, et menée comme une enquête policière, aussi méticuleuse, avec ses doutes, ses retours en arrière, ses questionnements, ses déplacements aussi. car il part à la rencontre des survivants qui ont peut-être connu son grand oncle et qui pourraient éclaircir ce mystère. Il va en Ukraine (car le village polonais est devenu ukrainien), en Pologne, à travers les Etats-Unis, en Israël,  en Australie même...

 

Et en parallèle avec cette quète qui emplit toute sa vie, il s'est plongé dans le texte original de la Torah dont les traductions sont commentées par deux rabbins qui font autorité : l'un, Rachi, a vécu au XIeme siècle et l'autre, Friedman, est  contemporain. Il s'interroge notamment sur le sens du livre de la Genèse : pourquoi Dieu a-t-Il tenté Adam et Eve avec l'Arbre de la Connaissance qui leur a appris ce qu'était le Mal ? Pourquoi a-t-Il voulu que Caïn tue son frère Abel ? Pourquoi a-t-Il voulu détruire ("dissoudre") ce qu'Il avait créé dans le Déluge, etc. L'histoire de Caïn et Abel, par exemple, le font réfléchir sur les rapports entre frères et soeurs et entre membres d'une même famille et il rapporte un propos de son propre père : "Parfois il est plus facile de s'entendre avec un étranger". Il se dit que ces relations souvent conflictuelles qui existent entre frères sont peut-être une des clés, une des raisons des silences de son grand-père qui se reprocherait d'avoir abandonné son frère resté en Pologne quand lui avait émigré en Amérique. (cf. Caïn dans la Bible "Suis-je le gardien de mon frère ?")

 

Le récit est dense, touffu, avec de nombreuses digressions, retours en arrière dans l'espace et dans le temps à la manière d'Homère dans l'Iliade par exemple, et c'est volontaire. C'est justement ce qu'il aimait lui-même quand son grand-père lui racontait des histoires : "L'une après l'autre, les boites chinoises s'ouvraient, et je restais assis à contempler chacune d'elles, hypnotisé" (p. 49). De la même façon, son récit nous happe et ne nous lâche pas. "Un puzzle vertigineux" dit la quatrième de couverture.

 

Toujours est-il que lors d'une de ces digressions sur le Déluge dans la Bible hébraïque, il fait référence à un autre commentateur célèbre, le rabbin Judah Loew ben Bezabel, Grand Rabbin de Prague (nous y voilà enfin !), "grand érudit et mystique de Bohème au XVIeme siècle". Or ce dernier est plus connu en dehors des cercles juifs pour une autre raison. En effet, selon la légende, c'est lui qui aurait créé le fameux Golem : "le Golem, la créature à la Frankenstein que le rabbin est sensé avoir créé avec la boue de la rivière Vltava, en utilisant des pouvoirs trouvés grâce à sa connaissance de l'histoire de la Création. Cette créature, destinée à protéger les Juifs de Prague harcelés par les attaques d'hostiles courtisans du monarque habsbourgeois Rudolf II, avait fini par être prise de folie furieuse et le rabbin avait dû détruire sa propre création, en retirant de sa bouche le shem, une tablette couverte d'inscriptions mystiques. Il est censé avoir ensuite enterré l'argile sans vie dans le grenier de la synagogue de Prague". (p. 223)  

 

Il est dit que le rabbin aurait créé le Golem en inscrivant sur son front le mot EMET(H) qui signifie "Vie" et que pour le rendre à sa condition d'argile il a effacé le "E" ce qui donne "MET(H)" qui signifie "Mort".100 8200La synagogue Vieille-Nouvelle à Prague

 

Pour en savoir plus sur le Golem, voir l'article de Wikipedia   

Voir aussi l'article sur le téléfilm intitulé Le Golem diffusé par l'ORTF en 1967 dont j'intègre un extrait ci-dessous tiré des archives de l'INA 

 

 

 

 

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