Ce Mémorial est destiné à rendre hommage aux millions de victimes de la traite négrière et de l’esclavage dans le monde. Ce qu’on a appelé le « commerce triangulaire » est ce commerce d’échange qui du XVIème au XVIIIème siècle reliait l’Europe, d’où partaient les navires chargés de marchandises, à l’Afrique, où elles étaient échangées contre des captifs, et à l’Amérique, où ils étaient vendus comme esclaves.  Plus de 12 millions de captifs ont été déportés d’Afrique et plus d’un million et demi périrent pendant cette « Grande Déportation». En France, les ports principaux qui prenaient part à ce commerce étaient Nantes, le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Saint-Malo, Lorient… La majorité des navires partaient de Nantes qui organisa 43% des expéditions négrières françaises. C’est ainsi que la ville s’enrichit au XVIIIème siècle, comme en témoignent les beaux hôtels particuliers de la rue Kervégan sur l’Ile Feydeau par exemple, ou la Place du Commerce où se trouvait la Bourse (bâtiment aujourd’hui occupé par la FNAC). Des références à ce passé se trouvent partout dans la ville, comme dans le nom des rues, ainsi le Quai des Antilles sur l’Ile de Nantes ou la passerelle Schœlcher qui y mène (Schœlcher a contribué à faire adopter le Décret sur l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848).

Jean-Marc Ayrault, alors maire de Nantes, a été à l’initiative du projet  en 1998 lors du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage en France, considérant qu’une ville ne peut grandir si elle n’assume pas son passé.

 

Le mémorial, un des plus grands du monde, a été conçu également pour que l’on n’oublie pas qu’aujourd’hui encore l’esclavage existe, qu’il concerne plus de 25 millions de personnes dans le monde, y compris en France (esclavage pour dettes, travail forcé, esclavage sexuel, travail des enfants…) et qu’il faut continuer à lutter pour son abolition. (Voir le site du CCEM : Comité contre l’esclavage moderne) link

 

Il est situé sur les quais, face à l’Ile de Nantes. C’est une large esplanade sur laquelle on déambule située de façon symbolique au bord de la Loire d’où partaient les bateaux et face au Palais de Justice (!) auquel on accède par la passerelle Victor-Schœlcher. Dans le sol sont insérées 2000 plaques de verre portant les noms de tous les navires négriers qui sont partis de Nantes ainsi que le nom des ports de vente en Afrique, aux Antilles, en Amérique du Nord et dans l’océan Indien. Les navires ont des beaux noms, quelle ironie !

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 Un escalier nous mène dans un couloir souterrain d’où l’on aperçoit le fleuve. Le plafond est assez bas et les piliers de soutien sont apparents ce qui donne une impression d’enfermement et a pour but, je pense, de nous donner une idée de ce que pouvaient ressentir les captifs à l’époque. Là, on peut lire une sélection de textes (témoignages, textes littéraires, récits, traités) provenant de tous les pays affectés par la traite d’esclaves, traduits en plusieurs langues, ainsi qu’une frise chronologique retraçant les grandes dates concernant l’esclavage et son abolition dans le monde.

Par exemple, le fameux « I have a Dream » de Martin Luther KING, des récits d’anciens esclaves ou encore des extraits neutres de journaux de bord dans lequel les prisonniers sont réduits à des nombres, des quantités de marchandises : « Il avait été traité 465 Noirs, mais dans une révolte on fut obligé d’en tuer 199, de manière qu’il en a resté les 266 ci-contre, dont le capitaine en a porté 5 à Saint-Domingue, où il est allé ». (Journal de bord de « La Sirène », navire négrier parti de Nantes le 22 juin 1751). Cela fait penser à la machine nazie qui avait transformé les juifs en numéros afin de mieux les déshumaniser et de rendre acceptable l’inacceptable comme le dit Primo LEVI dans « Si C’est un Homme ».

 

On  peut lire aussi le mot « Liberté » dans une cinquantaine de langues (les langues de ceux qui ont participé à ce commerce : français, anglais, néerlandais, portugais… et ce ceux qui ont souffert ou souffrent de l’esclavage : wolof, diola, somali...). On est accueillis par l’article 4 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :

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« Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude. L’esclavage et la traite des êtres humains sont interdits sous toutes leurs formes.» Art 4 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

 

Ce n’est pas un musée, ce n’est pas son rôle (si on veut en savoir plus on peut visiter le Musée d’Histoire de Nantes, dans le château, où plusieurs salles sont consacrées à la traite des noirs, l’esclavage et le rôle que Nantes y a joué), mais un lieu de mémoire et de méditation. C’est sobre et très impressionnant.

 

Site du Mémorial

 

 

 

 

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