Source : http://www.danielmendelsohn.com/francaise/livres/les-disparus

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Dans Les Disparus l'auteur, un Juif américain essaye de redonner une existence, une véritable identité à des membres de sa famille qui ont disparu pendant la deuxième guerre mondiale. Il s'agit du frère de son grand-père et de sa famille (sa femme et ses quatre filles) qui vivaient à l'époque en Pologne dans un petit village du nom de Bolechow. Il voudrait qu'ils soient autre chose que des victimes abstraites, 6 noms parmi les six millions de juifs qui ont "disparu" pendant la guerre : "C'était pour sauver mes parents des généralités, des symboles, des abréviations, pour leur rendre leur particularité et leur caractère distinctif que je m'étais lancé dans ce voyage étrange et ardu" (c'est pourquoi il n'a pas aimé la visite d'Auschwitz qui malgré son caractère nécessaire contre l'oubli et les négationnistes, est pour lui "le symbole géant, la généralisation grossière, la formule consacrée de ce qui est arrivé aux Juifs d'Europe" ).

Il ne sait rien d'eux sinon qu'ils ont été "tués par les Nazis". Il ne possède que quelques photos, ne sait même pas le prénom exact des filles et sent qu'il y a un mystère qui plane sur ces morts à cause des non-dits et des silences qui s'installent autour de lui chaque fois qu'il questionne sa mère ou son grand-père. C'est une quête de longue haleine, débutée dès ses 16 ans, il y a 25 ans, et menée comme une enquête policière, aussi méticuleuse, avec ses doutes, ses retours en arrière, ses questionnements, ses déplacements aussi. car il part à la rencontre des survivants qui ont peut-être connu son grand oncle et qui pourraient éclaircir ce mystère. Il va en Ukraine (car le village polonais est devenu ukrainien), en Pologne, à travers les Etats-Unis, en Israël, en Australie même...

Et en parallèle avec cette quête qui emplit toute sa vie, il s'est plongé dans le texte original de la Torah dont les traductions sont commentées par deux rabbins qui font autorité : l'un, Rachi, a vécu au XIeme siècle et l'autre, Friedman, est contemporain. Il s'interroge notamment sur le sens du livre de la Genèse : pourquoi Dieu a-t-Il tenté Adam et Eve avec l'Arbre de la Connaissance qui leur a appris ce qu'était le Mal ? Pourquoi a-t-Il voulu que Caïn tue son frère Abel ? Pourquoi a-t-Il voulu détruire ("dissoudre") ce qu'Il avait créé dans le Déluge, etc. L'histoire de Caïn et Abel, par exemple, le font réfléchir sur les rapports entre frères et soeurs et entre membres d'une même famille et il rapporte un propos de son propre père : "Parfois il est plus facile de s'entendre avec un étranger". Il se dit que ces relations souvent conflictuelles qui existent entre frères sont peut-être une des clés, une des raisons des silences de son grand-père qui se reprocherait d'avoir abandonné son frère resté en Pologne quand lui avait émigré en Amérique. (cf. Caïn dans la Bible "Suis-je le gardien de mon frère ?")

Le récit est dense, touffu, avec de nombreuses digressions, retours en arrière dans l'espace et dans le temps à la manière d'Homère dans l'Iliade par exemple, et c'est volontaire. C'est justement ce qu'il aimait lui-même quand son grand-père lui racontait des histoires : "L'une après l'autre, les boites chinoises s'ouvraient, et je restais assis à contempler chacune d'elles, hypnotisé" (p. 49). De la même façon, son récit nous happe et ne nous lâche pas. "Un puzzle vertigineux" dit la quatrième de couverture.

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