Exposition d'art marocain, 1917, au Pavillon de Marsan à Paris (Source : https://www.wdl.org/fr/item/4577/ )

Exposition d'art marocain, 1917, au Pavillon de Marsan à Paris (Source : https://www.wdl.org/fr/item/4577/ )

Cette politique du tourisme s’appuie sur les richesses locales et notamment l’artisanat. Dès 1917 une exposition des arts marocains fut organisée à Paris au Pavillon de Marsan par le peintre Joseph de LA NEZIERE alors directeur des industries d’art indigène que le Général Lyautey venait de créer.

Plus tard Prosper RICARD, responsable du Service des Arts indigènes à Fès de 1920 à 1935 aura pour mission de préserver l’artisanat marocain en créant des musées et en faisant fabriquer des copies dans des ateliers d’Etat à destination des touristes occidentaux. Un musée est ainsi créé à Marrakech en 1928. On voit donc déjà la volonté de préservation d’une culture indigène propre et la conscience que c’est sa particularité qui va attirer les voyageurs en quête d’exotisme. Cette politique va se retrouver dans les projets d’aménagement des villes, en particulier les villes impériales comme Marrakech.

En effet, Lyautey, qui est reconnu pour son attachement à la culture locale du pays, a désiré sauvegarder les centres traditionnels des villes marocaines même si « ce souci de sauvegarde marque aussi la volonté d’enfermer la civilisation marocaine dans un passé révolu destiné à justifier la politique coloniale à travers sa « mission civilisatrice et modernisante » ( LEROUX Stéphanie, Le rapport à l’autre à travers le rapport à l’espace : L’exemple du tourisme français à Marrakech, Thèse de Doctorat de Géographie, Décembre 2008). Ainsi à Marrakech la ville nouvelle fut-elle créée en dehors de la médina. Lyautey désirait créer une ville moderne, une ville modèle, symbole du progrès apporté par la colonisation, mais sans toucher au centre historique, la médina.

Henri PROST, l’architecte urbaniste chargé de la modernisation de la ville impose déjà un code esthétique qui perdure encore aujourd’hui, comme la couleur ocre des murs, la hauteur maximum des constructions (pas plus de 5 étages) pour que la Koutoubia garde sa suprématie. Il fait aussi construire la Mamounia (1924), dont le peintre Jacques MAJORELLE a peint le plafond, dans le but de « lancer le tourisme par l’intermédiaire d’une structure d’accueil de luxe » (Stéphanie LEROUX) et attirer l’élite européenne. Ainsi des personnes aussi célèbres que Maurice Chevalier, Edith Piaf, Joséphine Baker, Charlie Chaplin, Colette ou Churchill notamment y séjourneront.

Henri PROST établit également les plans du quartier de l’Hivernage qu’il conçoit comme une cité-jardin idéale, destinée à une clientèle étrangère fortunée, avec des villas, des hôtels, un casino et des promenades plantées . Contrairement à Rabat où ces jardins seront créés de toutes pièces, l’aménagement de Marrakech s’est fait en composant à partir de jardins et de parcs déjà existants.

Winston Churchill, La Mosquée de Marrakech (1943) (Source : http://www.culture24.org.uk/art/painting-and-drawing/art373951 )

Winston Churchill, La Mosquée de Marrakech (1943) (Source : http://www.culture24.org.uk/art/painting-and-drawing/art373951 )

La Mamounia

La Mamounia

L'Orient rêvé : MARRAKECH مراكش (3)

Les débuts d’un véritable tourisme

Si les premiers touristes sont pour la plupart des ethnographes, des géologues, des économistes ou encore des officiers militaires, un « vrai » tourisme commence à voir le jour, facilité par la sécurité apportée par la présence militaire française et les grands travaux entrepris sous l’égide du résident général (ports, routes, chemins de fer, villes nouvelles). De nombreux guides touristiques vantent la destination. Ainsi, L’Echo du Maroc publie en 1915 un « Guide pratique illustré du Tourisme ». En 1919, Lyautey rédige la préface du Guide Bleu du Maroc. Des associations comme le Touring Club ou le Club Alpin (il existe par exemple une Section du Haut Atlas du Club Alpin Français) commencent à drainer de plus en plus de touristes, même si certaines zones de montagne restent dangereuses et donc déconseillées aux voyageurs tant que durera la « pacification » des Français. L’année 1937 voit la naissance de la station de ski de l’Oukaïmeden à 80 km de Marrakech, des refuges sont créés en montagnes qui sont réservés aux membres du Club Alpin Français. Il y a même des voyages organisés comme le témoigne Françoise de Sourdon dans le récit de son voyage au Maroc : « Voyagez au Maroc. Les Annales organisent une caravane de 20 personnes qui partira de Casablanca, dans 2 autocars de la compagnie Transatlantique, pour se rendre à Marrakech, Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Taza et s’arrêtera à Alger d’où vous embarquerez pour Marseille. Vous logerez dans de magnifiques hôtels dont l’un, à Fès, fut une demeure royale. Vous y boirez du thé à la menthe, enfoncée dans de moelleux sofas. Vous verrez des gens riches vêtus comme des pauvres et des pauvres qui paraissent contents ». Cela dit ce type de tourisme reste réservé à une minorité de personnes fortunées ou des excursionnistes en général eux-mêmes aisés et cultivés, ce n’est pas ce qu’on appellera plus tard le tourisme de masse et il a peu de retombées économiques. Il ne faut cependant pas négliger le tourisme national, essentiellement religieux. En effet, Marrakech est située à proximité de lieux saints dans la vallée de l’Ourika, les sanctuaires de Setti Fadma et de Moulay Brahim.

Les affiches

Les affiches de l’époque n’ont rien à envier aux affiches touristiques actuelles    et sont très différentes de celles présentant les autres pays colonisés, qui se veulent plus une démonstration de la modernité apportée par la colonisation. Elles sont, avec les guides touristiques et les Expositions Coloniales, un outil de communication visant à développer le tourisme au Maroc.

Affiches publicitaires des années 20-30

Affiche de Jacques Majorelle, 1926 (Source : http://www.marocantan.com/affiches_anciennes/page/3/ )

Affiche de Jacques Majorelle, 1926 (Source : http://www.marocantan.com/affiches_anciennes/page/3/ )

Une affiche de Gabriel Rousseau

Une affiche de Gabriel Rousseau

Porteur d'eau de dos avec les remparts de Marrakech à l'arrière plan

Porteur d'eau de dos avec les remparts de Marrakech à l'arrière plan

Source : http://zooshumains.blogspot.fr/2012/01/les-expositions-coloniales-vendre-du.html

Source : http://zooshumains.blogspot.fr/2012/01/les-expositions-coloniales-vendre-du.html

Plan de l'exposition coloniale de Paris en 1931 (Source : http://www.archivesdepartementales.puydedome.fr/n/l-exposition-coloniale-internationale-de-1931/n:30 )

Plan de l'exposition coloniale de Paris en 1931 (Source : http://www.archivesdepartementales.puydedome.fr/n/l-exposition-coloniale-internationale-de-1931/n:30 )

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